Les désordres d’automne

C’est l’automne, c’est octobre. C’est le mois de ma fête, c’est pleins de morceaux d’histoires…

Je ne sais pas t’écrire, tu me manques bien trop. Ça me le rappelle brutalement. Tu sauras, j’espère, me pardonner. D’ailleurs, je réalise que je demande souvent pardon. J’attire les reproches, je cherche le trouble. Il y a ça. Mais il y a aussi l’humilité qui fait dire des excuses. Parce qu’on se connaît, personne n’est invincible. Ma faiblesse, c’est justement d’en avoir trop conscience et de préférer l’expérience humaine quand elle se trompe et a le culot de recommencer.

Trois à table à boire du café filtre, du café noir. J’ai l’impression d’avoir mille ans tellement je tremble.

Parce que, ouais, des billes, ça a l’air de rien, c’est des bouts de rien à se mettre dans les poches, du remplissage, en fait. Et puis, les garçons, ils jouaient même pas avec; ils faisaient que se les montrer comme ça; comme des trucs spéciaux, des pierres précieuses.

Du rouge à lèvres sur les paupières. J’ai embrassé tes yeux. T’as pas eu l’air à trouver ça convaincant.

Sages sont les vieilles personnes. Encore plus sages sont les images de vieilles personnes.

Je connais quelqu’un qui dit souvent qu’il appartient au monde des objets inanimés. Un garçon qui se laisse habiller.

Je ne me souviens pas du tout de ce qui tournait et tournait sur la table tournante. Je vois une silhouette répéter plusieurs fois la même manœuvre : Ouvrir la vitrine, agripper l’aiguille, changer de piste. Je ne me souviens pas la musique.

Un ascenseur pour le quatrième. Nous déclenchons des alarmes dans les musées.

Je va-et-viens et à force je me questionne j’adopte tous les points de vue j’ai la vérité mouvante au fond je crois juste pas en l’absolu.

Une fille a apporté sa fête jusqu’à l’appartement coin ça pis ça.

Sur cette photo, les gens rient très fort, il y a des ballons blancs dans la pièce, c’est joli de les regarder voler.

Nous sommes tous fébriles certains soirs. Les soirs humides à attendre devant la porte, attendre que l’on nous ouvre. Comprendre ce que vivent les chiens, petits ou grands,  que l’on abandonne à fixer du décor, à attendre comme des chiens. Le museau collé sur la porte. La joie du retour. Être si heureux qu’on en japperait.

Il pleuvait fort, dehors. Autant que la veille. Autant, je m’en souviens.

Tu cherchais avec elle ses gants troués du bouts des doigts. Gants pas gants, Je voulais qu’elle reparte sur son vélo. Je l’aimais déjà beaucoup trop.

Il fait nuit, nous pouvons dire n’importe quoi. Ce que nous faisons.

Les demoiselles ne savent plus se tenir.

Sur le trajet vers l’Île d’Orléans, je te parle des arbres flous. Tu me dis quelque chose comme : Fais toi frapper.

Il fallait réussir. À récolter les miettes, les quelques miettes d’amour fatigué que tu aurais pu mettre en moi comme on injecte un tranquillisant.

Un couloir d’hôpital raconté par téléphone. Éclairage fantomatique, des pleurs d’enfant, des voisins de chambre qui chuchotent. La soupe habituelle. Les médicaments dans lesquels ils te noient, les médecins qui ne savent pas. Comment vas-tu ? Tu étais si heureux d’entendre ma voix.

Sur la table de scrabble, nous déposons ces lettres qui nous hantent.

L’autre jour, Jean-Michel a fait un pari, avec ses copains. À savoir s’il était capable de prouver que la terre était bien ronde. C’est les cours de géographie et les examens à venir qui avaient motivés ce nouveau divertissement. Et puis, dans la cours de récré, après s’être fatigués de lancer la balle, leur restait plus qu’à se lancer des défis.

C’est hot ta gorge, quand ça se déploie. Ça me donne envie de dessiner des cous. Mais tsé…

Nous nous sommes enregistrer entrain de parler. À des fins de post-écoute.

Une page couverture mise aux poubelles. Sans explications. Une femme de dos, les menottes aux poignets. Aux poubelles. Un livre fragile à remettre dans ses bagages.

Il y a les ingrédients. Une citrouille qui m’interpelle. Citrouille pour petite tarte. Des poireaux. Des canneberges. Faire du thé à un potage de saison.

Je t’aime et toi non plus. Gainsbourg et tout ça qui coca-colle. C’est si humide entre nous, on pourrait nager.

J’ai fouillé dans ces carnets dans lesquels je ne me trouve pas.

Quand on la regarde dans les cheveux, on croirait voir un garçon.

La campagne de St-Hilaire. Des sacs d’épicerie à chaque bras, nous nous rendons jusqu’à la maison. Cette maison qui ne chauffe pas beaucoup les chambres du haut. Je te fais un résumé de Marche ou crève pendant que nos pas claquent sur le trottoir et qu’il fait trop chaud pour les manteaux. Nous concluons que nous ne sommes pas faites pour les situations de survie. Jamais je ne marcherais jusqu’à mourir avec des sacs d’épicerie. Nous appelons un taxi.

L’animal mort sur le mur du salon m’inspirait des chasses à l’homme. L’homme aux bois de cerf.

Anais connait Nicolas qui connait Arno qui connait tout le monde. Ce monde, petit petit. Où l’on finit toujours pas reconnaître quelqu’un.

On me donne tous les noms qui finissent par A. Sabrina, Rebecca, Anastasia. Choisissez votre préféré. Moi, je m’en fous. Je le prend impersonnel.

J’écris : Orélie Oréo dans le lait dans la crème et ça te fait sourire.

Lire l’horoscope pour savoir quoi provoquer le mois prochain.

Il y avait le départ d’un tyran, des voyages pleins la tête et ces dessins d’accrochés au-dessus du lit. Les casses-têtes que l’on fait à moitié-nu. Se laver les cheveux. Très très longtemps dans l’évier. Comme maman.

J’ai fait un rêve. Le même que plusieurs autres fois. Ce cheval symbole sorti de son carrousel. Arreté au feux rouge, lui, polychrome, sans demander rien à personne, éclate. Des éclats de lui partout par terre. Énorme loque de manège qui repose au milieu du trafic des machines. Sur cette route, sur cette vie, pas faites pour lui.

Camus nous occupe, nous en faisons la lecture à voix haute.

Le froid me fait tricoter des foulards et fait ramollir mes envies, je crois.

Dans un événement mondain, je fais des démonstrations de noeuds de cravate et un photographe est fasciné et tu apprends à bien nouer autour de ton cou. Le flash de la caméra assiège nos angles morts. Plus loin, il y a cet homme à tête de buste qui m’observe avec ses yeux de fauve. Probablement qu’il aimerait bien avoir une leçon, lui itou. Je te montrerai, un jour, Carlo, je te montrerai deux ou trois noeuds.

Donnons des noms aux feuilles qui tombent. Aux promesses. Qui tombent aussi.

Elle dessinait des fleurs au sharpie dans ses calepins d’école. D’impossibles brouillons au crayon gras. Mais elle passait inaperçue partout, on voyait au travers. Simone aux tresses défaites, aux cheveux flous. Simone aux yeux fumées. Simone pas d’âge, pas d’odeur. Une fille transparente, une fille-fenêtre contre laquelle juste les oiseaux viennent à se heurter; et même pas par exprès.

C’est gratuit, ces breuvages.

Nous nous étouffons avec les discours.

Il n’y a rien ici pour vous et moi. Rien qui ne vaille suffisamment la peine.

Un schéma m’explique les points de réflexologie et je rêve de tous ces endroits que je pourrais toucher en massant tes pieds.

Anna Karina chante Sous le soleil exactement. Faux.

Un séisme de 4,5 que j’aurais aimé ressentir.

T’en as don ben des questions aujourd’hui. Qu’est-ce qui te tarabiscote ?

C’est l’histoire d’un garçon vague qui parle d’aurores boréales; il est tout à fait seul, dans sa chambre.

Monique est thérapeute d’une arrière-boutique. Entre deux bas de pantalons à retoucher, elle sait quoi dire pour brasser la cage de ses petits. Elle aurait pu être un million d’autre chose mais c’est une couturière qui fait du bien.

J’ai mis mes doigts à l’intérieur de la belle sauvage. Elle avait une bosse énorme sur le front, nous faisions de la prévention. Pas de commotion, svp, embrassez-la.

Les masques resurgissent sur les étalages des grandes surfaces, c’est de nouveau la période des déguisements, des vrais visages.

Le déjeuner a faire réchauffer sur le poêle. Nos deux corps a rhabiller, nos deux corps restés froids.

Fais moi un dernier café.

Publicités

  1. Intéressant ce medley de pensées, spontané ou est ce un assemblage d’écrits sans chronologie ?
    +1 pour la sensation de tristesse automnale.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s